vendredi, 30 juillet 2021
Patrouille civile dans le désert au-delà d’un couac

Combattre les conditions mortelles sur les routes migratoires : Sauvetage de migrant.e.s et découvertes douloureuses de tombes dans le désert

 

Nous sommes en fin juillet 2021. Parler d’une mission de patrouille civile au milieu du désert, cela pourrait sembler superflu, voire utopique aux yeux de beaucoup de personnes en raison des mystères que revêt cet espace géographique. Et pourtant, c’est une réalité. Du 27 au 29 juillet 2021, une équipe d’Alarme Phone Sahara a osé cette aventure dans une aire circonscrite dans le désert nigérien. Elle a misé et réussi le pari dont les résultats sont suffisamment révélateurs.

 

Comment des civils arrivent-ils à patrouiller dans un espace fréquenté par toutes sortes d’usagers ?

L’équipage si simple est composé d’un véhicule adapté au terrain, des volontaires humanitaires, des gilets d’identification du réseau transnational, des téléphones ordinaires, une réserve d’eau et de nourriture, une petite caisse pharmaceutique et un téléphone satellitaire. Tel est l’arsenal de la mission lancée sur les routes de tous les dangers avec comme ambition primordiale de sensibiliser, de documenter et de secourir. Le tout est motivé par le courage et la motivation d’expérimenter le quotidien d’autres civils qui créent de nouveaux itinéraires pour contourner la machine répressive anti migratoire engagée par des lobbys du nord globale au prix de l’inimaginable.


A l’opposé de l’argent et de la technologie des armées spécialement préparées, une volonté simple

Aucun mobile malsain ne se cache derrière cette action civile si ce n’est celui d’une assistance humanitaire. Le terrain d’essai de cette expédition originale est la zone du Kawar dans le nord-est de l’Etat du Niger, un pays subsaharien considéré comme le cœur du continent africain. C’est aussi ce pays qui sert de base arrière à l’union européenne pour accomplir son dessein de traque à la libre circulation de personnes. Cette position stratégique d’externalisation des frontières de l’Europe s’appuie sur une intelligentsia qui est l’aile politique pensante d’une triste renommée qui est le Frontex. Cette organisation agit en filigrane des forces nationales de défense et de sécurité. Elle assure les formations des hommes en uniforme et renforce les compétences du personnel des administrations civiles (surveillance du territoire et justice). Il serait naïf d’imaginer une structure qui envisage de dresser et entretenir sa propre armée avec un effectif de plus de 10.000 hommes dans un avenir relativement proche si elle ne jouit pas d’une certaine complicité de bailleurs de fonds tapis dans l’ombre peaufinant des plans machiavéliques. Face à une telle armada, une patrouille civile de 3 à 4 éléments met en branle toute idée de comparaison. En dépit de cette supériorité sans équivoque, la patrouille civile achève sa mission avec des résultats mérités.


Des séances de sensibilisation dans les localités traversées

Les villages et bourgs de Dirkou, Lataï, Siguidine et Anèye sont des témoins du besoin des voyageurs sur la connaissance des défis qui se dressent en face d’eux quand ils traversent le désert. Les communautés autochtones et migrantes ont reçu le message utile à prévenir les risques. Les positions des lanceurs d’alerte ont été déclinées et des numéros d’appel en cas de détresse lors des déplacements dans le désert sont partagés. L’appel à la solidarité et à l’entraide est diffusé pour montrer aux différents participants que la vie humaine est sacrée. En conséquence chacun.ne a un rôle primordial à jouer pour sauver des vies. Moins les risques sont pris, plus de chance existe pour arriver à bon port. Les séances de sensibilisation se terminent en engageant la responsabilité de chaque participant.e à être un acteur dans l’assistance aux personnes en danger ou en détresse dans cet océan de sable que surplombent les dunes mouvantes qui ensevelissent des victimes et des cargaisons telles de vagues qui renversent les navires et les bateaux dans les mers.


Des découvertes de tombes à l’actif de la patrouille APS

              

                            

Témoignages silencieux du régime migratoire meurtrier : Dernières demeures des migrant.e.s qui ont perdu la vie dans le désert du Niger

Au cours de la randonnée sur les nouvelles créées suite à l’application outre-mesure de la loi 2015-36 du Niger, la mission témoigne de découvertes qui donnent la chaire de poule. Il s’agit des tombes de fortune creusées le long des routes pour contenir des corps de voyageurs (femmes et hommes). Sur trois sites différents, reposent des corps de voyageurs qui ne sont pas identifiés. Cela offre l’occasion de penser aux parents et proches de ces personnes anonymes qui continuent à espérer une retrouvaille qui ne matérialisera au grand jamais sur cette planète terre.

Un total de 19 tombes est répertorié sur les routes dangereuses qu’empruntent des transporteurs solitaires. Des interrogations posées sur les responsabilités de tels actes s’inscrivent dans la logique de tous et toutes celles qui veulent voir une justice instaurée dans ce contexte géopolitique généralisé où seule la loi de la jungle est le maître mot. En dépit de tout ce désastre dont souffrent la race humaine, les candidats et les candidates à la recherche d’un eldorado mondain ne résistent pas à cette tentation.

 

Des accidents de circulation sur des trajets où le code de la route est ignoré

Sur la voie de retour aux termes de 3 jours d’expérience, la mission est approchée aux environs de Lataï par un conducteur transportant deux (02) blessés de suite d’un accident d’un autre véhicule au bord duquel se trouvaient encore 33 passagers.

La mission de patrouille change de fusil d’épaule pour une assistance médicale. Elle récupère les blessés et les achemine au centre médical d’Anèye où le responsable réfère le cas le plus grave à Dirkou, une localité plus développée en termes d’infrastructures d’accueil et de service publiques.

 

Un migrant gravement blessé dans un accident de voiture près du "Puits d'Espoir" dans le désert du Niger

est évacué et amené à un traitement médical avec l'aide de la patrouille civile d'Alarme Phone Sahara

 

C’est là que des soins intensifs ont été offerts à ce patient. Les derniers rapports évoquent le transfert du malade vers l’hôpital régional d’Agadez. Les lanceurs d’alerte dans leurs peaux d’humanitaires sont restés au chevet du patient jusqu’au départ de l’ambulance de Dirkou vers la cité historique d’Agadez.

Suite au compte-rendu par communication téléphonique, la mission a décidé de confier une mission de sauvetage pour les 33 passagers restés au puits « ESPOIR ». Un partenaire en l’occurrence « Médecins Sans Frontières » présent à Dirkou a voulu contribuer à cette mission humanitaire avec 200 litres de carburant.

La mission de sauvetage à bord de 2 véhicules tout terrain a quitté Dirkou vendredi le 30 Juillet en direction de l’endroit où les 33 personnes non blessées et le véhicule accidenté se trouvent.

 

 

La patrouille civile d'Alarme Phone Sahara évacue des migrants après un accident de voiture

dans le désert du Niger près du "Puits d'Espoir"

 

C’est environ de 21 heures 30 minutes (temps du Niger) que la mission communique par appareil satellitaire qu’elle a retrouvé les 33 passagers sains et saufs. Après une pause « diner ». Les 33 passagers tous de nationalité nigérienne ont embarqué sur le véhicule pickup et conduites au village de Lataï qui est l’endroit le plus proche du lieu d’accident.


Découverte triste d'un migrant défunt

Chemin faisant la mission de sauvetage fait une découverte douloureuse. Elle trouve un corps d’un migrant d’une trentaine d’années environ dont le décès remonterait à quelques 4 jours selon les signes extérieurs sur la dépouille. La victime avait à côté d’elle un téléphone portable. Le reflexe premier était de procéder à l’inhumation du corps à l’endroit même de la découverte après avoir constaté sa détérioration.

Tombe d'Ochochukwu († juillet 2021 dans le désert du Niger),

enterrée par les membres d'Alarme Phone Sahara

 

Cela fait, la mission a poursuivi son trajet en gardant avec elle le téléphone pour faciliter des recherches des membres de la famille du défunt qui ne possédait aucun document sur lui.

L’un des deux véhicule s de la mission a pris la direction de Dirkou pour arriver dans la matinée du Samedi le 31 Juillet. Avant de rendre compte aux autorités militaires et civiles de la zone, les membres de la mission ont demandé de trouver des numéros de la dernière communication du défunt avant la fin de la tragédie.

Parmi les 3 contacts relevés, les membres d'Alarme Phone Sahara ont pu ce jour lundi 02.08.2021 rentrer en contact avec une des sœurs du défunt qui vit au Nigeria qui répond au nom de « UCHE ». C’est elle qui informe APS que le défunt s’appelait « OCHOCHUKWU ». L'équippe d'APS l'a donné la triste nouvelle après beaucoup d’astuces. Après la soeur a recu les images du corps du défunt prises sur le lieu de la découverture. Elle confirme qu’il s’agit bel et bien de son frère en dépit de la détérioration du corps de suite des aléas climatiques. L'équippe d'APS a saisi l’occasion pour lui présenter l’organisation APS et le travail qu’elle mène avant de lui présenter les condoléances de tout le groupe.Cela prouve combien de fois les routes migratoires à travers le désert sont mortelles. En ajoutant à cela les politiques anti-migratoires d’externalisation de frontières, la fin de juillet 2021 rappelle encore que la souffrance des candidats à la migration est loin de s’arrêter. Mais tant qu’il y aurait les concours d’organisations plus nanties qu’APS, il n’est pas superflu de dire qu’il est toujours possible pour APS de braver les défis du désert pour aller au secours de vies humaines qui pourraient se trouver en situation de détresse.

 

Pour un coup d’essai, ce fut une réussite véritable!

Grâce à l’accompagnement de ses partenaires, le réseau Alarme Phone Sahara a osé le pari. Au vu des résultats atteints avec des moyens modestes, APS se réjouit d’avoir gagné un tel pari qui pourrait à la limite montrer que pour être utile à son prochain la volonté et la détermination sont les premiers obstacles à franchir. En privilégiant la solidarité, l’atteinte de tout but reste à la portée même si des détracteurs peuvent parsemer le parcours d’embûches. C’est le lieu de lever le chapeau pour témoigner toute la reconnaissance d’APS aux partenaires qui ont cru en ses capacités en décidant de lui apporter leurs soutiens multiformes.

La première mission de patrouille civile dans le désert a accompli sa mission le mieux que possible ce qui autorise de dire : il n’y a pas 1 sans 2.

 
Coordination d'Alarme Phone Sahara à Agadez / Niger

 

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Sujet: ALARMPHONE SAHARA